7 Mai 20
Lionel Frei

Actares réunit des actionnaires actifs en faveur d’une économie durable. Lors de la dernière AG de Nestlé, l’association a épinglé l’utilisation par la multinationale veveysanne d’huile de palme issue du travail forcé dont celui des enfants. Explications.

Que fait Actares ?

Nous fêtons cette année nos vingt ans. Notre objectif est de permettre à des actionnaires qui se préoccupent de durabilité de devenir actifs dans ce sens plutôt que de simplement se défaire de leurs actions. Les membres peuvent être des personnes, physiques ou morales, qui possèdent des actions, mais aussi toute autre personne, étant donné que tout le monde ou presque est concerné par le biais des caisses de pension ou l’AVS dont les fortunes sont placées, en partie, en actions. Les membres d’Actares, comme toute autre personne, peuvent nous déléguer leur droit de vote pour les AG. Nous votons alors à leur place conformément aux prises de positions élaborées en amont.

Comment réagissent en général les entreprises lorsque vous pointez du doigt des problèmes ?

Les réactions sont variables. Il faut revenir à plusieurs reprises pour demander des réponses aux questions posées, des précisions et des approfondissements. Actares a eu des positions pionnières, mais leur efficacité dépend du fait qu’elles soient aussi soutenues plus largement, car comme souvent, l’union fait la force. La demande du renforcement de la présence de femmes dans les conseils d’administration est un bon exemple de cette situation. Actares reprend aussi des positions proposées par d’autres acteurs, que nous adressons directement aux conseils d’administration.

Quelles sont les critiques que vous avez adressée à Nestlé lors de son Assemblée générale ?

Actares a félicité Nestlé des démarches accomplies dans le domaine des droits humains et de l’environnement, mais a fait remarquer que ceux-ci surviennent souvent après un scandale. Cette année, Actares a interpelé Nestlé sur le respect des droits humains. Nous avons en particulier dénoncé l’utilisation de travail forcé dont celui d'enfants et les problèmes en matière de droits du travail et de l’environnement dans le cadre de la production d’huile de palme en Malaisie. Actares s’est fondée pour cela sur un rapport alarmant de Solidar Suisse (PDF) et a exigé que Nestlé s’assure que les engagements qu’elle a pris en matière de durabilité soient respectés sur toute la chaîne de valeur, depuis la fourniture des matières premières jusqu’à la mise sur le marché des produits finis.

Du point de vue des recommandations de votes, Actares s’est opposée aux rémunérations de la direction et du conseil d’administration, jugées trop élevées et à la réduction du capital-action, mécanisme qui permet de distribuer de fortes sommes à l’actionnariat, en l’occurrence sans justification économique pour l’entreprise et ses autres parties prenantes.

Selon votre expérience, que peut-on attendre comme réaction de la part de Nestlé ?

Cette année est exceptionnelle : l’assemblée générale à huis clos du 23 avril n’a pas permis à Actares de s’exprimer devant le Conseil d’administration et les nombreux actionnaires habituellement présents. C’est donc par voie de presse qu’Actares a interpelé Nestlé. Alors qu’à l’accoutumée l’entreprise répond tout de suite après notre intervention, Nestlé a répondu cette fois-ci par un tweet sommaire. Mais la presse a très largement repris notre message. En conséquence, Actares s’attend à une invitation au siège de Nestlé pour une poursuite du dialogue qui, depuis 20 ans, est constructif.

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