11 Feb 21

Les conditions dans les centres d’expulsion malaisiens pour les migrant·e·s économiques sont catastrophiques. Pourtant, l’industrie de l’huile de palme du Sabah ne fonctionnerait pas sans ces derniers.

« À six heures, on nous a dit de nous aligner, les mains derrière le dos et la tête baissée. Nous avons dû saluer les gardes par un ‹ bonjour Cikgu (maître) ›. Ceux qui refusaient de le faire étaient battus et frappés à coups de pied. À chaque coup, il fallait dire ‹ merci, Cikgu ›, sinon les gardes continuaient. » Voici comment un migrant économique indonésien décrit les conditions inhumaines qui règnent dans un centre d’expulsion à Sabah, en Malaisie. 90 % des travailleuses et des travailleurs des plantations de palmiers à huile de la province sont originaires d’Indonésie et la plupart d’entre eux n’ont pas de permis de travail. S’ils sont arrêtés par la police ou pris lors d’une razzia, ils sont systématiquement humiliés et maltraités puis expulsés vers l’Indonésie.

Pendant le confinement dû à la pandémie de coronavirus, en avril et mai 2020, la police a intensifié ses contrôles. Les expulsions ont stoppé en parallèle, à la demande de l’Indonésie. La surpopulation a donc été massive dans les quatre centres d’expulsion. Par manque de place, les personnes internées ont dû dormir côte à côte. « Dix unités d’environ 10 mètres par 15 ont été constituées. Plus de 200 personnes étaient entassées dans chacune d’elles, mais il n’y avait que trois latrines. »

Des témoignages effrayants

La réouverture de la frontière a été synonyme de vague d’expulsions. Nos organisations partenaires se sont rendues aux points d’arrivée des migrant·e·s économiques expulsés, sur les îles indonésiennes de Nunukan et de Sulawesi, et se sont entretenues avec 43 personnes. Les récits de ces dernières sont effrayants : les travailleurs migrants sont arrêtés arbitrairement. Les peines de prison suivies d’une détention en vue d’une expulsion sont monnaie courante. Aucune assistance juridique n’est octroyée aux travailleurs, soumis à des traitements inhumains et dégradants. L’enquête a révélé de graves violations des droits humains : les détenu·e·s sont régulièrement battus par les gardiens ou contraints de rester toute la journé en position accroupie parce qu’ils ne se sont pas habillés correctement pour l’appel du matin, par exemple. Les gardiens giflent les prisonniers ou leur ordonnent de se gifler entre eux.

Les conditions d’hygiène sont également catastrophiques. Vu l’exiguïté des lieux et l’insalubrité de l’eau, les affections cutanées sévissent. Le risque de maladies infectieuses comme la tuberculose, la diarrhée et le choléra est énorme, sans parler du Covid-19 : « Après l’apparition de la pandémie au printemps, on a quotidiennement pulvérisé sur nous des désinfectants, sous pression. Nous étions mouillés de la tête aux pieds sans pouvoir nous changer. »

Une femme raconte que les accouchements devaient se faire sans assistance médicale : « Pendant ma détention en vue de mon expulsion, entre février et juin 2020, trois femmes ont accouché dans mon unité. Les bébés étaient très petits, sûrement à cause de la malnutrition. »

Dépendance à l’égard des migrant·e·s

Ce qui est perfide, c’est que l’industrie de l’huile de palme au Sabah ne pourrait pas se passer des migrant·e·s économiques sans papiers. Les autorités ne délivrent qu’un seul permis de travail pour huit hectares de surface cultivée. En réalité, les propriétaires de plantations embauchent sept fois plus d’ouvriers, mais sans papiers. Le gouvernement force de cette manière les gens à vivre dans l’illégalité, pour ensuite les criminaliser et les maltraiter. La crainte permanente de l’emprisonnement expose les travailleurs à l’exploitation et les soumet sans défense aux propriétaires des plantations.

Premières améliorations

Après la publication d’un rapport des commissions nationales pour les droits humains d’Indonésie et de Malaisie, le consulat général d’Indonésie à Sabah a commencé à recruter des avocat·e·s en octobre 2020, pour aider les migrant·e·s indonésien·ne·s dans les procédures judiciaires.Les proches sont ainsi pour la première fois en mesure de réclamer une assistance juridique. Des progrès sont à signaler du côté malaisien également. La Commission des droits de l’homme (SUHAKAM) suivra la situation dans les centres d’expulsion, et les autorités fédérales et locales ont au moins pris en compte le problème. Ce sont des premiers pas timides, mais les conditions scandaleuses dans les camps d’expulsion malaisiens ne peuvent plus être ignorées.

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