25 Aug 20
Katja Schurter

Dans les pays pauvres, les personnes déjà précaires sont particulièrement touchées par le confinement imposé par le coronavirus. Solidar Suisse les soutient dans leur lutte pour la survie.

La pandémie de coronavirus a clairement montré la situation généralisée, et volontiers oubliée, des travailleurs·euses de l’hémisphère sud : pas de travail, pas de salaire. Telle est l’amère réalité dans nos pays d’intervention prioritaire comme la Bolivie et l’Afrique du Sud. En Asie, en Afrique et en Amérique latine, les systèmes de sécurité sociale ne sont une réalité que pour les 20 % de travailleurs·euses bénéficiant d’un contrat de travail régulier.

Le confinement : une menace existentielle

Pour les nombreuses personnes qui, partout dans le monde, travaillent et vivent dans des conditions pré­caires, le confinement imposé par le coronavirus a immédiatement constitué une menace pour leur exis­tence. En Bolivie, par exemple : « Avec la Covid-19, tout s’est arrêté et j’ai dû fermer mon petit commerce de produits à emporter », explique la jeune entrepre­neuse Yovana Mayta de Viacha, près de la capitale La Paz. Solidar Suisse lui a octroyé un financement de démarrage et lui a prodigué des conseils au moment du lancement de sa « jeune pousse ». Le strict embargo bolivien a également été un désastre pour de nombreux marchand-e-s ambulant·e·s. Ces personnes ne pouvaient plus vendre leurs marchan­dises, leurs revenus ont chuté et ils ont dû s’endetter pour acheter de la nourriture et payer leurs loyers. Nombre d’employé·e·s de maison ont également perdu leur emploi. Et Leida Alonzo, du syndicat bolivien des travailleurs domestiques Fenatrahob, d’expliquer : « Comme les transports publics étaient à l'arrêt, beaucoup ne pouvaient pas se rendre sur leur lieu de travail éloigné. Ils n’étaient plus payés, ont dû prendre des congés forcés ou ont été simplement licenciés, même si c’était contraire à la loi. » Les coupeurs·euses de canne à sucre ont également été durement touché·e·s. Travailleurs saisonniers, ils doivent gagner l’entier de leurs revenus entre avril et novembre. À cause de la Covid-19, ils n’ont pas pu travailler pendant 60 jours et la production n’était toujours pas à pleine capacité à la fin du mois de juin. « Nous n’avons reçu aucun salaire et ne pouvions pas acheter de nourriture pour nos familles. Pendant le confinement, il était également impossible de nous réunir et de négocier de l’aide avec les institutions », explique Fausbert Soraide, du syndicat. Solidar Suisse aidera de jeunes entrepreneurs·euses comme Yovana Mayta par une autre injection financière afin de garantir la survie de leurs entreprises bien établies. Nous soutenons également les spots radio des syndicats des employé·e·s domestiques et des coupeurs·euses de canne à sucre. Ces spots informent les membres de ces syndicats sur la manière de se prémunir du coronavirus et de se protéger des licenciements abusifs, et sur les aides d’État auxquelles ils ont droit.

Démantèlement des droits du travail

La situation en Afrique du Sud est un peu différente : pendant le confinement, les six lignes téléphoniques de Casual Workers Advice Office (CWAO) à Johannesburg, l’organisation partenaire de Solidar, recevaient une centaine d’appels par jour. Les gens demandaient des informations sur les licenciements, les suppressions d’emplois et l’assurance chômage. Le directeur, Ighsaan Schroeder, résume la situation : « Sous prétexte de confinement, beaucoup ont été licenciés, en particulier les soi-disant « fauteurs·euses de troubles » qui avaient défendu les travailleurs·euses. D’autres ont vu leurs heures de travail – et donc leurs salaires – radicalement réduites. Les personnes qui ont pu continuer à travailler ont dû le faire sans aucune mesure de protection. Les employeurs ont profité de la pandémie pour changer radicalement les relations de travail : davantage de travail en équipe, réduction du personnel ou encore licenciements et remplacement simultané par des apprenti·e·s ou des travailleurs·euses sur appel. Le CWAO défend les droits fondamentaux des travailleurs·euses. Il organise des groupes WhatsApp dans les entreprises et sur Facebook. Les militant·e·s distribuent des tracts et des désinfectants dans les townships. « Sans le CWAO, nous n’aurions pas su que faire lors du confinement », lance Ntombifuthi Mafimini, employée de la société de cosmétiques Avon. « Le CWAO distribue des désinfectants et des brochures informatives sur la réglementation en matière de pandémie et l’assurance-chômage – et nous pouvons contacter son service d’assistance téléphonique. » Sa collègue, Nkosingiphile Mnguni, lutte également au quotidien pour survivre : « Nous avons vraiment dû nous démener pendant le confinement. Parfois, je devais demander de la nourriture à mes voisins pour que mes enfants aient au moins un peu à manger. »

Un combat qui paie

Mais des succès sont également à signaler : fin mai 2020, dans le cadre d’un procès, le CWAO a obtenu le versement de l’assurance-chômage pendant la pandémie à tous les employé·e·s, qu’ils soient ou non au bénéfice d’un contrat régulier. Dans un pays comme l’Afrique du Sud, où une personne sur six travaille dans le secteur informel, où les droits du travail sont impitoyablement bafoués sur fond de crise et où beaucoup se retrouvent au chômage, c’est une victoire cruciale.

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