14 Jun 20

Originaires du Cambodge, du Myanmar et du Laos, les pays les plus pauvres de la région, la plupart des travailleur-euses migrant-e-s d'Asie du Sud-Est tentent leur chance en Thaïlande. Il est estimé qu'ils sont 4 millions à être employé-e-s dans les secteurs tels que la construction, l'industrie, l'agriculture, la pêche et le tourisme. Déjà particulièrement vulnérables avant la crise du coronavirus, ces personnes ont vu leur situation se péjorer encore. Reiko Harima, de notre organisation partenaire Mekong Migration Network, nous explique la situation sur place et son engagement en leur faveur.

Reiko Harima MMN - Protrait

A quoi ressemble le travail des migrant-e-s en Thaïlande ?

Vous seriez choqué! Ces travailleurs-euses ne sont guère protégé-e-s. Dans l'agriculture, ils ne reçoivent pas de masques, de gants ou de vêtements de protection appropriés pour la pulvérisation de pesticides et sont donc exposé-e-s à des risques sanitaires majeurs. Sur les chantiers de construction, ils travaillent souvent à des hauteurs vertigineuses et sans protection. Dans les usines, les accidents du travail ne sont pas rares, notamment le sectionnement de doigts. Il n'existe pas de périodes de pause garanties et les salaires sont très bas. Le salaire minimum est d'environ 300 bahts (10 dollars) par jour. Mais de nombreux-euses travailleurs-euses migrant-e-s ne reçoivent même pas ce salaire minimum.

Qui travaille dans des conditions aussi précaires en Thaïlande ?

La plupart des travailleurs-euses migrant-e-s sont jeunes et viennent de familles pauvres. Ils font des travaux dangereux et mal payés que les Thaïlandais ne sont plus disposés à faire. De nombreuses industries dépendent d’eux. Le nombre d'hommes et de femmes migrant-e-s est à peu près le même, mais ils sont répartis de manière très différente entre les secteurs. Les hommes travaillent sur les bateaux de pêche. En Thaïlande, on dit que les femmes font couler un bateau. Dans les usines de transformation du poisson, ce sont surtout des femmes qui sont employées.

Pourquoi les migrant-e-s en Thaïlande travaillent-ils dans de si mauvaises conditions ? N'ont-ils pas de droits ?

Les migrant-e-s ont été nombreux-euses à arriver en Thaïlande à partir de la fin des années 1980. La quasi-totalité était sans papiers. Depuis les années 1990, la Thaïlande a commencé à légaliser leur statut. Dans la plupart des cas, cependant, le permis de travail n'est valable qu'un an, de sorte qu’ils restent constamment dans l'incertitude quant à leur avenir. Il y a actuellement environ 2,6 millions de travailleurs-euses migrant-e-s enregistrés en Thaïlande. Dans le même temps, nous estimons que plus d'un million de migrants travaillent sans permis et que ces personnes n'ont que des moyens très limités pour se défendre contre les abus dont ils sont victimes.

Quel est l'impact du coronavirus sur la situation de ces personnes ?

Les travailleurs-euses des entreprises de services sont les plus touché-e-s, mais de nombreux migrants qui travaillaient dans des usines et sur des chantiers ont également perdu leur emploi. Les travailleurs-euses agricoles qui vivent déjà dans des conditions déplorables ont vu leurs salaires baisser. Sans revenu ou avec des salaires considérablement réduits, ils ne peuvent plus se nourrir, eux et leur famille. Seule une petite minorité reçoit des indemnités de licenciement ou des allocations chômage.

Et comment ces personnes parviennent-elles à joindre les deux bouts ?

Dans les zones rurales, l'aide des voisin-e-s est cruciale. Des ONG locales fournissent également de la nourriture. Dans les zones urbaines, les gens essaient de trouver un autre emploi. Ils n'ont reçu que peu ou pas de soutien du gouvernement, et les actions ou grèves ont été strictement interdites à cause de coronavirus.

Que fait Mekong Migration Network pour améliorer la situation ?

Nos membres distribuent de la nourriture et informent les migrant-e-s dans différentes langues sur les mesures de prévention. Notre réseau attire aussi l'attention sur des violations des droits humains méconnues. La situation dans les camps de détention est par exemple alarmante. Les migrant-e-s qui doivent être renvoyé-e-s dans leur pays d'origine y sont retenu-e-s à cause du coronavirus et de la fermeture des frontières. Ces camps étaient déjà surpeuplés avant l’épidémie et les soins médicaux y sont insuffisants. Nous avons donc lancé un appel au gouvernement thaïlandais pour qu'il libère ces personnes. Le gouvernement a refusé, mais nous avons réussi à leur faire ouvrir davantage de centres pour réduire la surpopulation dans ces camps.

Reiko Harima se bat pour les droits des migrant-e-s depuis de nombreuses années. Elle a rejoint en 1999 l'Asian Migrant Centre (AMC), une ONG régionale basée à Hong Kong, et a joué un rôle clé dans la création de Mekong Migration Network. Ce réseau est constitué d'organisations de la société civile et de syndicats travaillant à la protection des droits des migrant-e-s en Asie du Sud-Est. Reiko Harima en est la coordinatrice régionale.

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