2 Sep 19

En Bolivie, le chômage est très élevé parmi les jeunes. Un projet de Solidar Suisse les aide à s’insérer dans le monde du travail. Texte: Katja Schurter. Photos: Vassil Anastasov

« J’ai terminé mes études en communication en 2012, raconte Maria Esther Gutierrez, mais je n’ai pas trouvé de travail comme journaliste. » À 29 ans, elle compte parmi les nombreux jeunes en Bolivie qui ne parviennent pas, malgré une bonne formation, à entrer sur le marché de l’emploi. Ma­ria vit à Viacha, une ville de 80 000 habitants, à 35 kilomètres à l’ouest de La Paz, la capitale. Alors qu’ils représentent la moitié de la population, les jeunes de moins de 25 ans sont durement touchés par le chômage. Les statistiques sont cependant peu parlantes dans un pays où plus de 80 % de la population travaille dans le secteur informel, puisque les emplois formels sont rares.

Unir toutes les forces

Maria Gutierrez est enfin parvenue à ses fins : notre entretien se déroule alors qu’elle anime son émission au studio de la Radio Letanias. La pétil­lante jeune femme s’interrompt sans cesse pour annoncer un morceau de musique, lire l’horos­cope ou diffuser des vœux d’anniversaire. Son emploi fixe à la radio, Maria l’a décroché grâce au projet Ch’ama Wayna de Solidar (en langue aymara, ce titre signifie « Allez, les jeunes ! Vous y arriverez ! ») Pour aider des jeunes de 18 à 28 ans à trouver une place de travail ou à se mettre à leur compte, ce projet mise sur différents moyens : tables rondes réunissant employeurs, autorités et jeunes, une plateforme de placement gérée par la ville et des cours qui permettent aux jeunes d’acquérir des compétences sociales, ainsi que d’apprendre à présenter une candida­ture ou à travailler de manière autonome. Maria Gutierrez se plaît dans son job : « Notre émission dégage une bonne énergie. »

Daniel Corbajal, le patron de Radio Letanias, est aussi très content d’elle. « Les employeurs n’engagent que des gens avec de l’expérience. Comment les jeunes pourraient-ils en acquérir si personne ne leur donne une chance ? » Cette contradiction l’a motivé à participer au projet Ch’ama Wayna.

Tables rondes

Daniel Corbajal a pris part à la table ronde ayant débouché sur des conventions qui garantissent aux jeunes de ne pas être exploités comme de la main-d’oeuvre bon marché. D’ailleurs, sans l’appui de Ch’ama Wayna, Maria Gutierrez ne toucherait peut-être pas le salaire minimum.

Entre 2017 et 2018, 94 des 283 jeunes par­ticipant au projet ont trouvé un emploi ou fondé leur propre entreprise, et 6 % de ces jeunes sont des femmes. Les tables rondes ont engrangé un autre succès important : les fabricants de briques (un secteur économique important de Viacha) ne refusent plus d’engager des femmes.

Un salon de coiffure

Mirjam Ventura compte parmi les jeunes ayant réussi à lancer leur propre entreprise. Aupa­ravant, cette jeune mère célibataire de 26 ans officiait comme coiffeuse chez elle ou louait ses services à des salons de coiffure, mais aux pires conditions : elle devait être présente pendant plus de douze heures, mais n’était payée que si elle avait des clients. Mirjam a interrompu ses études à la naissance de sa fille. Plus tard, elle a sui­vi le cours de gestion d’entreprise dispensé par Ch’ama Wayna et obtenu la licence lui permettant d’ouvrir sa propre boutique.

Le projet a aussi apporté la mise de départ de 3000 bolivianos (400 francs). Une grande par­tie de la clientèle du petit salon vient de l’école primaire toute proche et le travail est plus lucra­tif lorsque Mirjam peut coiffer une future mariée. Comme son salon se trouve dans la maison de ses parents, Mirjam Ventura n’a toutefois pas de loyer à payer. Sur son chiffre d’affaires men­suel de 200 francs, il lui reste donc près de 100 francs pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa fille. Pour gérer sa petite entreprise, elle bé­néficie toujours des conseils de Ch’ama Wayna. En l’absence de suivi, les jeunes entreprises font en effet trop souvent faillite. Mirjam n’en espère pas moins réaliser un jour son rêve : « Je voudrais diriger un salon qui propose également massages, maquillage, manucure et pédicure à la clientèle et qui offre aussi une chance à d’autres jeunes. »

Maria Gutierrez caresse elle aussi un rêve. Elle voudrait devenir productrice dans l’audiovi­suel et a déjà franchi un premier pas dans cette direction : « J’ai tourné un court métrage sur de jeunes entrepreneuses et entrepreneurs de Via­cha. Vous pouvez le voir sur YouTube. »

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