18 Jul 18

Des élections nationales auront lieu au Cambodge le 29 juillet. Les gagnants sont connus depuis longtemps : le Premier ministre Hun Sen et son parti populaire cambodgien le CPP. Hun Sen est au pouvoir dans ce pays depuis 33 ans et aucun changement n’est en vue.

Seul parti d'opposition sérieux, le Cambodian National Rescue Party (CNRP) s’est retrouvé juste derrière le CPP lors des dernières élections législatives et a obtenu 45% des voix aux élections municipales de juin 2017, malgré des désavantages flagrants. Hun Sen, homme fort du pays, a décidé de ne prendre aucun risque : il a interdit le CNRP sous prétexte de trahison. Depuis, le chef de l'opposition Kem Sokha est en prison et le fondateur du parti Sam Rainsy en exil. Plus de la moitié des parlementaires du CNRP ont également fui le pays. Enfin, la Cour suprême a dissous le parti en novembre. Parallèlement la liberté des médias a été sévèrement restreinte. Le quotidien « Cambodia Daily » a été fermé en septembre 2017 pour délits fiscaux présumés (mais il maintient encore une présence en ligne limitée). Peu après, un investisseur malais proche du gouvernement a repris le journal « The Phnom Penh Post ». Enfin, plusieurs stations de radio critiques ont été fermées. La télévision est à la botte du gouvernement depuis longtemps.

Le boycott des élections criminalisé

Mais comme le régime veut se donner une apparence de légitimité, il a enregistré toute une série de nouveaux partis. Le gouvernement est également préoccupé que le taux de participation électorale soit plus élevé possible. Les appels au boycott des élections ne sont donc pas tolérés et même criminalisés. Cette régression de la démocratie au Cambodge est en cours depuis longtemps, mais n'a pas beaucoup de conséquences sur le plan international. Les États-Unis et l'UE ont certes resserré les exigences en matière de visas pour certains membres du gouvernement. Ils ont également suspendu certains projets de développement et ont menacé de frapper le pays de nouvelles sanctions. Ils ont enfin décidé de ne pas envoyer d'observateurs électoraux qui pourraient être utilisés pour légitimer ces élections. Mais tout cela n'impressionne pas le régime. Hun Sen a déjà déclaré publiquement l'année dernière qu'il ne se souciait pas de savoir si le résultat électoral déjà établi serait reconnu par la communauté internationale. Il peut compter sur un allié fort qui ne se soucie pas non plus de légitimité démocratique : la Chine. Celle-ci enverra au Cambodge une armée d'observateurs électoraux. Où ont-ils ont acquis l’expérience nécessaire pour évaluer le degré de liberté d’élections ? Cela reste un mystère.

L'influence grandissante de la Chine

Grâce aux investissements massifs de la Chine au Cambodge, dans le cadre de l'initiative de la « Nouvelle route de la soie », le pays est de moins en moins dépendant de l'aide au développement occidentale. La seule mesure qui nuirait réellement au Cambodge, et aux investisseurs chinois, serait la suspension des préférences commerciales accordées au pays par l'UE et les États-Unis. Car ceux-ci constituent les clients les plus importants pour les exportations textiles cambodgiennes. Cette industrie emploie près d'un million de personnes et représente environ 80% des exportations. Il n'est pas étonnant que les membres de l'opposition qui osent s'exprimer en faveur d'un boycott commercial de l'UE soient accusés de haute trahison. Mais l'UE semble peu encline à imposer des sanctions graves. Aucune critique forte du régime n'est à attendre non plus des Etats-Unis, car le respect des droits humains et de la liberté des médias sous la présidence Trump n'a que peu d'importance.

L'Europe et les Etats-Unis sont actuellement préoccupés par leur perte d’influence en Asie. Tant que Hun Sen ne causera pas de massacres majeurs, ils fermeront les yeux sur la farce électorale à venir.

Texte: Bernhard Herold, responsable du programme Asie. Photo: Jacquis Collis, Flickr Creative Commons

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