30 Jan 18

Si j’estime que mon voisin est un petit bourgeois à l’esprit étroit, la solution ne serait-elle pas de faire sauter sa maison? Non? C’est pourtant à cela que me font penser les arguments des opposants à la Société suisse de radio et de télévision (SSR). La SSR a besoin de réforme ? Alors, supprimons-la, en lançant l’initiative No Billag sur laquelle le peuple est appelé à se prononcer le 4 mars. L’intention est de supprimer les redevances pour la SSR, retirant ainsi leur socle financier à la radio et à la télévision publiques (75 % des recettes de la SSR proviennent du « pot Billag »).

La démocratie a besoin de la diversité des médias…

Solidar Suisse soutient des processus démocratiques partout dans le monde et encourage l’engagement de la société civile et la participation. La diversité des opinions entre obligatoirement dans ce tableau. Nos activités dans le monde nous ont appris que l’information est un droit fondamental essentiel. Les personnes pauvres, exclues et vulnérables doivent aussi avoir accès à une information digne de ce nom et qui ne se borne pas à la course à l’Audimat ou au simple divertissement.

… à l’échelle internationale et en Suisse

Nous pensions que l’engagement pour la démocratie, la formation de l’opinion et la participation était nécessaire dans nos pays prioritaires surtout, en Afrique, en Asie ou en Amérique latine. Mais désormais, notre démocratie est aussi mise à mal par la limitation du pluralisme des opinions. Que l’attaque contre notre diversité des médias soit le fait de forces bien dotées financièrement, avides de parts de marché supérieures pour leurs propres produits médiatiques, ne doit rien au hasard. Elles espèrent croître en profitant d’une SSR affaiblie. Mais Solidar Suisse pourrait en toute confiance laisser ce débat à d’autres et aider les populations de pays lointains. Elle ne le fait pas pour deux raisons : d’abord, nos donatrices et donateurs nous donnent pour mission de sensibiliser les Suisses à l’équité dans le monde. La diversité des médias est nécessaire dans cet objectif. Ensuite, des chaînes privées organisent moins de débats politiques sur des thèmes mondiaux sensibles que les médias de la SSR et son mandat de service public et d’information. Dans les médias de la SSR, des sujets pertinents comme l’inégalité sociale, l’esclavage moderne, le chômage des jeunes ou les réfugiés sont à l’ordre du jour – quelle qu’en soit la teneur. Télé-Blocher ne m’apprend pas grand-chose sur les modalités d’un possible engagement contre l’exploitation de la main-d’œuvre cambodgienne.

Non à la désolidarisation

Les Suisses font preuve de générosité. Un effet indésirable de l’initiative No Billag serait pourtant la suppression du mouvement de solidarité le plus efficace et le plus spectaculaire de Suisse : la Chaîne du Bonheur. Car sans SSR, pas de Chaîne du Bonheur. Et sans la forte mobilisation collective impulsée par la Chaîne du Bonheur, pas d’aide à des millions de femmes, enfants et jeunes en détresse. Des opérations coordonnées de secours, comme après le tsunami dans l’Océan indien, le cyclone Haiyan aux Philippines ou le séisme qui a fait 70 000 victimes au Pakistan, deviendraient impossibles à pareille échelle. Nous sommes persuadés qu’il faut refuser ce recul démocratique et dire non à une telle désolidarisation.

Felix Gnehm, codirecteur de Solidar Suisse

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