Mercredi, 3. Avril 2019

Après les inondations catastrophiques au Mozambique, plusieurs ONG suisses ont envoyé une lettre ouverte au Crédit Suisse, lui demandant de rembourser un prêt d’un milliard de dollars US à ce pays en crise. Il s’agit d’une partie des dettes cachées totalisant deux milliards de dollars US résultant d'accords illégaux frauduleux entre le Crédit Suisse, la banque russe VTB, des entrepreneurs internationaux et des représentants du gouvernement mozambicain. En 2016, ces prêts illégaux ont plongé le Mozambique dans une crise financière qui se poursuit à ce jour, et qui rend la reconstruction du pays beaucoup plus difficile.

Un scandale financier secoue le Mozambique depuis près de trois ans : début 2016, il est apparu que le gouvernement d’Armando Guebuza avait autorisé trois entreprises parapubliques à emprunter deux milliards de dollars US entre 2013 et 2014. Le Parlement, qui aurait dû approuver ces prêts, a été contourné. La banque suisse Crédit Suisse était l’un des principaux prêteurs. Cet argent devait servir, entre autres, à l'achat de cotres pour la pêche au thon, mais une grande partie des milliards de dollars a disparu dans des canaux non transparents. En décembre de l'année dernière, sous l’impulsion du Ministère américain de la Justice, trois banquiers du Crédit Suisse ainsi que l'ancien ministre des Finances du Mozambique et d'autres participants ont été arrêtés.

Déjà en 2018, des ONG suisses, en accord avec les exigences de la société civile mozambicaine, avaient demandé au Crédit Suisse d’abandonner la dette. Mais sans aucune réaction de la part de la grande banque. Compte tenu des dévastations dramatiques causées par le cyclone Idai, une pression aiguë s'exerce à présent pour que des mesures soient prises afin de résoudre la crise de la dette. La catastrophe humanitaire a atteint une ampleur sans précédent en Afrique australe : cinq millions de personnes sont directement touchées, 1,8 million de personnes ont besoin d'une aide d'urgence, dont un million d'enfants. Dans les zones inondées du centre du pays, le risque d'épidémies augmente en raison du manque d'eau potable, et les premiers cas de choléra ont été signalés.

Allégement de la dette du Mozambique

Dans ce contexte, KEESA, Terre des Hommes Suisse, Helvetas et Solidar Suisse ont adressé une lettre ouverte (voir annexe) au Crédit Suisse, lui demandant d'annuler son prêt illégal d'environ un milliard de dollars américains et de rembourser les 100 millions de dollars de frais reçus dans le cadre de son octroi. Ce geste aiderait le pays gravement touché à faire face aux conséquences de cette catastrophe naturelle.

Des organisations internationales ont déjà adopté une position claire dans ce sens. Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a lancé un appel à la générosité à la communauté internationale lors de l'Assemblée générale des Nations Unies la semaine dernière à New York. La dette nationale du Mozambique doit être traitée avec générosité, a déclaré António Guterres. L'expert indépendant des Nations Unies sur la dette extérieure et les droits humains, Juan Pablo Bohoslavsky, a aussi pris position : « Les effets dévastateurs du cyclone Idai doivent être pris en compte dans les négociations sur la dette. (…) Le remboursement de la dette ne doit pas limiter la marge de manoeuvre financière nécessaire à la reconstruction (…) En un mot, les prêts occultes ne doivent et ne peuvent pas être remboursés ». Le FMI a également récemment souligné la nécessité d'accorder au Mozambique un allégement substantiel de sa dette.

Les organisations signataires attendent du Crédit Suisse qu'il assume ses responsabilités et qu'il tire les conséquences des opérations de crédit illégales.

Pour de plus amples informations sur la situation, n'hésitez pas à nous contacter à tout moment. Nous pouvons également vous proposer des contacts directs dans la zone de crise.

Contact:

Solidar Suisse – Joachim Merz, +41 44 444 19 86

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