Il y a 30 ans était adoptée la Convention internationale des droits de l'enfants qui reconnaît le droit pour chaque enfant de vivre à l'abri du besoin. Aujourd'hui de nouvelles approches permettent de renforcer l'efficacité de la lutte contre la pauvreté.

L’économiste du MIT Esther Duflo vient de recevoir le prestigieux « Nobel » d’économie. A 46 ans, la Française a révolutionné les sciences économiques en introduisant la méthode expérimentale afin de tester l’efficacité des projets et politiques de lutte contre la pauvreté. Pourquoi les personnes les plus démunies restent-elle enfermées dans une « trappe de pauvreté » ? Quels sont les moyens d’actions les plus efficaces pour agir contre cette triste réalité? Ces questions peuvent obtenir des réponses circonstanciées en étudiant de façon expérimentale les conditions de vie et les comportements des bénéficiaires de projets.

"Il faut arrêter de penser à la pauvreté comme un grand problème avec de grandes solutions."
Esther Duflo, prix "Nobel" d'économie 2019.

 

 

La lutte de Solidar contre la pauvreté

C'est ce que fait Solidar Suisse notamment dans son engagement au Burkina Faso contre le travail des enfants dans les champs de coton. En effet, ce dernier est une triste réalité. Afin de s'attaquer efficacement à ce problème, Solidar sonde les facteurs qui poussent les parents à envoyer leurs enfants au travail. Dans l'ouest du Burkina Faso, la production de coton est la principale source de revenus de la population. Pauvres pour la plupart, les parents emmènent souvent leurs enfants dans les champs de coton car ils sont tributaires de ces revenus supplémeagirntaires. « C'est la seule façon de nous nourrir, de nous vêtir et de parvenir à nous acquitter des frais de scolarité », constate Monique, 14 ans. Comme elle, 250 000 enfants aident à cultiver et à récolter l'or blanc au Burkina Faso.

 

Pourquoi les parents envoient-ils leurs enfants travailler ?

L'Organisation internationale du Travail (OIT) lutte contre le travail des enfants. Cette forme de travail a des répercussions négatives sur le développement de ces derniers. Le Burkina Faso en a interdit le principe et a réitéré cette interdiction à maintes reprises depuis. Néanmoins, de nombreux enfants triment encore pendant des heures dans les champs, ne vont pas à l'école régulièrement et sont exposés à des produits chimiques dangereux. Mandatée par Solidar Suisse, la chercheuse Elisa Mosler s'est penchée sur les raisons de ce phénomène à l’appui d’une approche psychosociale. Elle a cherché à savoir pourquoi les parents emmenaient leurs enfants aux champs au lieu de les envoyer régulièrement à l’école. Les résultats montrent que les parents considèrent le travail aux champs comme faisant partie de l’éducation et « craignent que leurs enfants ne deviennent paresseux et ne réussissent pas leur vie professionnelle s'ils ne font qu’aller à l'école et n'apprennent pas à travailler », révèle Elisa Mosler. Ils pensent que l'expérience du travail profite davantage à leur progéniture qu'une éducation scolaire. Beaucoup de parents inscrivent leurs enfants à l'école, mais il arrive fréquemment que ces derniers n’y aillent pas durant la période des récoltes. L'exemple montre toute l’importance de connaître la motivation des parents pour provoquer un changement de comportement.

Stratégie d’intervention en prise sur la réalité

L’enquête d’Elisa Mosler a également montré que les parents préféreraient bien sûr que leurs enfants n'entrent pas en contact avec des substances toxiques. Mais ils n’ont pas les moyens d'acheter des vêtements de protection. Les mesures mises en œuvre par Solidar tiennent compte de ces résultats : nous informons les parents sur la façon dont ils peuvent mieux se protéger, eux-mêmes et leurs enfants, en cas de manipulation de produits chimiques. Solidar leur enseigne aussi que l'éducation est capitale pour le développement de leurs enfants. Pour que ces derniers puissent fréquenter régulièrement l’école au lieu de cueillir du coton sous un soleil de plomb. Vu le succès du projet pilote, 1 000 producteurs de coton supplémentaires sont à l’heure actuelle sensibilisés, et ce avec le soutien de l’Agence allemande pour la coopération internationale.

Texte: Meret Balmet/Lionel Frei

Share buttons Views Header Image